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Les risques de partir travailler à l’étranger

A l'étranger - plage République Dominicaine

Partir travailler à l’étranger, je tente ?

Après 2 « expatriations », ou plutôt départs à l’étranger pour le travail devrais-je dire, car je n’avais pas le statut expatrié, je me suis dit que j’avais envie de parler de ces expériences.

J’ai l’habitude d’entendre « tu vivais en République Dominicaine/ à l‘île Maurice, la chance ». Alors oui sur certains côtés c’est une chance, mais c’est surtout un choix, et des risques associés. 2 expériences de travail à l’étranger très différentes, mais une fin relativement similaire…

Travailler à l’étranger…quel type de contrat choisir ?

La proposition idéale : expatrié. Vous bénéficiez du droit français, vous êtes protégé et en plus il y a souvent de nombreux avantages associés… Oui mais voilà, vous n’aurez pas toujours cette proposition, alors un contrat local, bon ou mauvais plan ?

Pour ma part je ne peux parler que de 2 pays que je connais : la République Dominicaine et l’île Maurice. Je pense cependant que les risques et avantages sont similaires à beaucoup de pays.

En République Dominicaine je travaillais pour une entreprise française, avec un contrat local dominicain. Je cherchais du travail à ce moment là en France, j’habitais chez un ami, le risque pris était donc assez limité pour moi et j’avais tout à gagner à partir ! A savoir dans le cadre d’un contrat local, sauf négociation avec votre entreprise, vous pouvez oublier les droits à la retraite et régime de sécurité français. C’est normal, mais il faut y penser avant de partir, et n’hésitez pas à consulter le site de la cfe qui peut apporter des solutions coûteuses mais pouvant être intéressantes. L’entreprise était géniale (merci encore Sandra et l’équipe de Nouvelles Iles), malheureusement le contexte qui a touché de nombreuses entreprises françaises dans le secteur du tourisme a frappé : l’entreprise a fait faillite. Dans ce cas le droit dominicain s’applique, et l’entreprise était bien géré par de bonnes personnes. Je n’aurais pas eu de chômage sur place, mais l’entreprise doit payer des indemnités à ses salariés (et l’a fait !) ce qui m’a permis de me retourner et de prévoir mon retour en France…

Bilan de cette aventure : la santé financière de l’entreprise est un critère important dans le choix de l’entreprise. Pensez-y car vous ne serez pas accompagné comme en France, il est donc important de se prévoir une marge de sécurité pour ne pas se retrouver sans rien avant de foncer travailler à l’étranger.

A l’île Maurice je travaillais pour une entreprise basée à Dubaï ayant décidé d’ouvrir une filiale à l’île Maurice. J’ai quitté mon CDI en France, vendu toutes mes affaires pour tenter l’aventure. Une fois de plus, contrat de travail local, et le droit du travail à Maurice est généralement en faveur des travailleurs. L’aventure se passe bien (j’étais consultante en webmarketing), notre mission rapporte bien, le ciel est bleu. Oui mais voilà, à Dubaï l’entreprise connait des difficultés et manque de clients. Pour anticiper elle décide de supprimer la filiale de Maurice et donc de nous licencier ma collègue et moi. Et là commence le calvaire ! Les équipes de direction et RH sont à Dubaï et s’appuient sur un cabinet de gestion mauricien. La loi est en notre faveur (normalement), ils sont censés nous devoir des indemnités. Seulement l’entreprise décide que non, dans ce contexte économique ils ne nous doivent rien. Il faut savoir que pour les travailleurs étrangers gagnant plus de 40 ou 60 000 Rs (l’équivalent de 1000-1500€) il y a un flou qui fait que le bureau du travail mauricien ne pouvait pas nous accompagner pour faire valoir nos droits. La direction était au courant de nous devoir des indemnités (en tout cas selon ce qu’une personne du cabinet de gestion mauricien nous a dit) ils ont tout simplement décidé de nous les refuser. Dans ce cas il y a un choix à faire, investir du temps et de l’énergie dans une procédure judiciaire ou accepter que des entreprises puissent tout simplement continuer sans tenir compte de la loi locale…

Le bilan de cette expérience : quand tout se passe bien c’est vraiment une expérience de rêve. La plage, le soleil au quotidien et un travail très stimulant. Travailler à l’étranger dans un cadre international est extrêmement formateur, et j’ai rencontré des personnes exceptionnelles. Mais dès que les ennuis arrivent, tu peux te retrouver seul et sans solution d’accompagnement, le rêve peut rapidement tourner au cauchemar. Mon plus grand regret est la manière dont la RH nous a traité et le fait que la direction était au courant de nos droits et a préféré, selon moi, nous mentir (même si bien évidemment je comprends le contexte économique et les sacrifices faits de leur côté également). Ils ne nous ont jamais proposé de rejoindre Dubaï. Depuis l’entreprise semble fonctionner (moins de 2 mois après ma fin de contrat), grâce à des investisseurs potentiels et de nouveaux clients. Dans ce cas, lorsque l’on compare avec le droit français, on se dit qu’ici ce n’aurait jamais été possible… Je suis rentrée en France en repartant de zéro puisque j’avais tout vendu et aucun droit…Une fois de plus, c’est un risque qu’il faut mesurer avant de partir travailler à l’étranger, même si je ne regrette en rien cette expérience.

Travailler à l’étranger…quel pays choisir ?

Ces expériences m’ont beaucoup appris. Je suis heureuse d’avoir franchi le pas, d’avoir pris ces risques car ça m’a beaucoup fait grandir. Si je devais le refaire je saurais davantage vers quels pays m’orienter…

Si c’est pour un contrat d’expat’, je pense que tant que le pays me plait, je fonce. Le risque financier est plus limité et les droits sont garantis. Bon pour moi ça serait surement le soleil en priorité, mais on ne sait jamais 😉

Pour un contrat local, les pays dépendants du droit français, ou européen auraient maintenant ma préférence. S’il se passe quoi que ce soit les solutions sont plus faciles à trouver.

Et pour les autres, je prendrais le temps de faire mes recherches. Quels sont les critères/durée de préavis pour licencier un salarié ? A-t-il des droits dans ce cas ? Les droits sont-ils les mêmes pour les étrangers ? Est-il facile de retrouver du travail ? Devrais-je quitter le pays immédiatement si je ne retrouve pas un travail ? Quel est le salaire minimum/moyen dans le pays ? Tout va dépendre de votre situation personnelle et familiale et de vos ambitions également. Si c’est pour une expérience et que vous n’avez « rien à perdre », si l’offre vous plait foncez ! Mais si les enjeux sont plus grands prenez le temps de la réflexion et de vous dire « si jamais ça ne se passe pas bien dans cette entreprise, quelles sont mes solutions ? »

Mais pourquoi cet article au fait ?

Je tenais à rédiger cet article car le sujet me touche vraiment et m’a beaucoup marqué. La première expérience de faillite en République Dominicaine a été intense. Voir ses collègues partir petit à petit, travailler dans un contexte incertain c’est dur, mais malgré tout on a gardé espoir jusqu’au bout tout en restant soudés. Penser que des personnes qui ont tellement investi vont tout perdre, c’est aussi frustrant, surtout quand l’entreprise marchait. Ce qui nous a aidé c’est de rester soudés jusqu’au bout, d’avoir une direction qui a communiqué avec nous tout au long de cette épreuve, est restée transparente et a tout fait en pensant à ses salariés en priorité. Mes collègues ont rapidement retrouvé du travail heureusement.

Dans le deuxième cas ça a été beaucoup plus dur et j’ai longtemps ressassé, j’ai mis plus de temps avant de tourner la page. Quand nous avons appris notre licenciement ça a été un choc. Il n’y avait aucune communication avec nous de la part de l’entreprise, les dernières nouvelles étaient bonnes, on parlait même d’expansion à Maurice. Et puis on a appris indirectement que certains de nos collègues étaient virés, mais jamais un mot de la direction, jusqu’au dénouement final : licenciement économique. Tout ça m’a pesé, ce manque de communication, ce manque de considération de la part des ressources humaines surtout. J’y pensais à longueur de journée sans réussir à avancer. Je leur en voulais. C’est seulement en quittant le pays, en partant en voyage pour me vider la tête, et surtout en rejoignant une entreprise pour qui la communication est primordiale que j’ai réussi à tourner la page. Pour mes collègues qui sont restés je leur souhaite de réussir mais si les choses ne changent pas je déconseillerai à tout le monde de rejoindre cette entreprise.Une personne n’est pas juste un impact sur le chiffre d’affaires, un élément qu’on peut utiliser. Et puis dans ressources humaines il y a le mot humain, ce n’est pas pour rien… Je sais que le monde de l’entreprise n’est pas le monde des Bisounours, mais quand les entreprises comprendront que le bien-être des salariés est primordial pour aller plus loin, alors peut-être que les choses commenceront à changer.

C’est surtout pour cette deuxième expérience que j’ai ressenti le besoin d’écrire, un peu comme une lettre ouverte représentant ce que je n’ai jamais pu dire à la direction. Pendant longtemps j’ai envisagé d’aller au bout des démarches judiciaires. Nous avions un avocat et de bons retours quant à nos chances de gagner. Mais cela voulait dire encore un an et demi minimum de démarches, des frais à engager, l’obligation d’être présente au tribunal à Maurice (même pour 5 minutes pour s’entendre dire que l’audience est reportée), et surtout l’impossibilité d’avancer, le fait de continuer à ressasser, et me vider de mon énergie. Il y a quelques semaines j’ai pris la décision de laisser tomber pour me préserver, mais avec le sentiment de ne pas avoir tout dit. C’est pour moi le moyen de clore cette histoire. J’ai tiré beaucoup de choses positives de cette expérience, j’ai maintenant envie de rester sur cette image.

1 commentaire

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